Un accouchement à domicile à Montréal

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Aujourd’hui, je souhaite vous présenter Gwen, jeune maman française expatriée au Canada, qui a choisi d’accoucher de sa première fille à son domicile.  Elle partage avec nous son expérience.

Bonjour Gwen, tu es expatriée à Montréal depuis combien de temps ?

Bonjour Jul’, je vis à Montréal depuis maintenant six ans.

Tu as donc accouché à Montréal et pour ta première fille tu as choisi de le faire à domicile. Peux-tu m’expliquer ce choix ?

J’avais choisi d’accoucher à la maison parce que c’est un lieu confortable où je me sens libre et en sécurité pour donner la vie. Je peux, si je le veux, prendre un bain durant le travail, boire, manger, être entourée des personnes que j’aime, et tout ça dans mes microbes à moi. Je peux choisir mon éclairage et mon décor. Ma musique. Mes vêtements. Mon ambiance. Je peux choisir la position dans laquelle je vais donner naissance. Je me sens libre d’être moi-même. Mais aussi je n’ai pas à faire le trajet pendant le travail ni après avoir accouché. Pour moi hôpital est synonyme de maladie. Et la grossesse n’est pas une maladie, la naissance non plus d’ailleurs. J’ai confiance en mon corps et en ma capacité de mettre au monde un enfant.

J’avais aussi choisi un lieu loin de la tentation de la péridurale. Souffrir n’est bien entendu pas une fin en soi mais j’avais envie d’expérimenter cette douleur qui, je l’avais appris, avait un sens : elle allait nous guider mon bébé et moi. Je voulais faire ce chemin avec ma fille, l’accompagner. La douleur était intense et m’a surprise, j’ai demandé la péridurale plus d’une fois mais je me suis ravisée car je sais l’avalanche d’interventions médicales qu’elle peut augurer et je voulais rester connectée à mon bébé, à ce moment spécial et le vivre pleinement. Je sais que moins on touche au processus naturel et physiologique d’un accouchement, plus il y a de chances qu’il se passe bien. Je voulais accueillir chaque contraction, éprouver la progression en intensité et sentir qu’approchait le moment de la rencontre avec ma fille via mon corps (et non à travers une machine).

J’ai choisi un suivi avec une sage-femme car j’avais entendu dire qu’elles avaient un grand respect pour le corps, les droits et les choix des femmes ainsi qu’une grande capacité d’écoute. Avec un suivi avec un médecin, les rendez-vous sont souvent expéditifs, et à l’hôpital, lors d’un accouchement, on a souvent droit à un excès de touchers vaginaux intrusifs et perturbants, à des injonctions, à des contraintes sans fondements, à des interventions inutiles et néfastes, à des commentaires et des entrées et sorties qui perturbent un moment très intime et qui peuvent nuire au bon déroulement de l’accouchement.

Comment se passe l’accompagnement avant/pendant/après pour une femme qui choisit d’accoucher à domicile ?

On entend souvent ceci : Un médecin, tu l’attends une heure, tu le vois 5 minutes. Une sage-femme tu l’attends 5 minutes et tu la vois une heure. Le suivi de grossesse avec une sage-femme est couvert par le régime d’assurance maladie (l’équivalent de la sécurité sociale au Québec) au même titre qu’un suivi avec un médecin. Une sage-femme a fait quatre années d’études universitaires. Et beaucoup de stages. « La sage-femme est une professionnelle de la santé formée pour être entièrement responsable des soins et des services durant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale pour la mère et le nouveau-né et ce, jusqu’à 6 semaines après la naissance » (définition donnée par l’ordre des sages-femmes du Québec). Elles peuvent accompagner des accouchements à domicile, en maison de naissance si le service sage-femme a une maison de naissance, ou à l’hôpital.

Pendant la grossesse, la femme enceinte a un rendez-vous toutes les 5 semaines avec sa sage-femme. Les sages-femmes ne peuvent pas suivre les grossesses à risque ni les grossesses gémellaires. Tout au long de la grossesse, elle s’assure donc avec sa patiente qu’il n’y a pas de nécessité d’avoir un suivi ni un accouchement médicalisés. Elle est en mesure d’effectuer des examens cliniques, des tests de dépistage, des prélèvements pour analyses en laboratoire, de prescrire des échographies… Elle surveille la tension, le diabète de grossesse, l’alimentation, les antécédents médicaux… Elle travaille en équipe et elle a une binôme que l’on rencontre aussi régulièrement (car il se peut que ce soit elle qui soit de garde le jour de l’accouchement). Chaque rendez-vous dure en moyenne une heure et c’est une rencontre personnalisée. Une place importante est consacrée à l’aspect psychologique. Quelque chose qui n’est pas réglé (une fausse couche passée, un avortement, l’histoire de notre propre naissance, les récits que nous entendons…) peut venir perturber le déroulement normal de l’accouchement. Ces rendez-vous prénataux sont des moments privilégiés où l’on peut se livrer avec confiance et poser toutes les questions que l’on veut. On peut venir accompagnée de son conjoint, de ses autres enfants, de sa mère, de sa belle-sœur… et c’est une rencontre inclusive qui prend en compte et fait participer les autres membres de la famille. La sage-femme permet à la femme de faire des choix éclairés concernant les différents examens et interventions, elle lui explique le déroulement d’une grossesse et d’une naissance physiologique, la rassure sur ses craintes, écoute ses besoins et les prend en compte, accueille ses émotions. Tout au long de la grossesse, elle reste disponible au téléphone pour la moindre question ou inquiétude, jour et nuit. C’est une approche qui m’a fait me sentir vraiment accompagnée, respectée et prise en compte. En fin de grossesse, les rencontres sont plus fréquentes, toutes les deux semaines puis toutes les semaines.

Lors de l’accouchement, on contacte la sage-femme qui est de garde pour nous. La sage-femme laisse beaucoup de liberté à la femme et respecte son rythme. Elle se fait discrète mais reste présente en cas de besoin. Elle s’assure du bon déroulement de l’accouchement, de la santé et du bien-être de la femme et de son bébé. Elle écoute régulièrement le cœur du bébé. Elle peut aussi faire des suggestions (de changements de position par exemple) pour gérer la douleur ou aider le travail, encourager avec des mots ou avec des gestes, examiner où est rendu le travail si cela est souhaité.

Au moment de la naissance, il y a une deuxième sage-femme qui est présente : une pour la mère, une pour le bébé, ainsi qu’une aide-natale qui va assister les sages-femmes dans leur travail. La femme va pousser dans la position de son choix, accueillir le bébé dans ses mains si elle le désire (c’est mon amoureux qui a accueilli Clara). On laisse ensuite la rencontre se faire, en peau à peau, bébé sur maman. Pendant ce temps, les sages-femmes font le test APGAR et s’assurent que le bébé va bien. Elles restent ensuite à la maison pendant trois heures après la sortie du placenta. C’est un moment magique. La maison est baignée d’une ambiance, d’une énergie et d’une chaleur sans comparaison. On mange ensemble, on s’extasie devant ce nouveau petit être. On souffle, on revient de loin. On est fière de soi. Si tout va bien après ces trois heures, l’équipe s’en va. La sage-femme revient le lendemain puis régulièrement pendant six semaines. Durant ces six semaines elle soutient la femme dans son allaitement, la conseille, pèse le bébé, s’assure que les saignements sont normaux et que le moral est bon. Elle reste disponible jour et nuit en cas de besoin. Un véritable lien se crée durant ces quelques mois et il n’est pas rare que les femmes gardent leur sage-femme dans leur cœur pour la vie. (pour plus d’information sur la profession, se référer au site de l’Ordre des sages-femmes du Québec)

GWEN

As-tu rencontré des médecins, sage-femme ou autres personnels médicales qui te déconseillaient l’accouchement à domicile ?

J’ai rencontré beaucoup d’idées reçues sur l’accouchement à domicile de personnes mal informées sur la pratique sage-femme ou sur la capacité des femmes à donner la vie sans avoir besoin d’une équipe médicale s’il n’y a pas de risques ou de nécessité réelle d’intervenir. Mais pas venant de professionnels de la santé (cela dit j’en ai rencontré très peu). C’est sûr, il y en a des réfractaires, mais un gros travail est fait pour reconnaître la pratique sage-femme à sa juste valeur et briser les mythes autour de l’accouchement.

Comment ont réagi ta famille et ton mari face à ton choix ?

Ma famille est heureuse pour moi que j’aie pu accoucher dans les conditions qui étaient les meilleures pour moi. Quant à mon conjoint, il a lui-même vu sa petite sœur naître à la maison il y a 28 ans. Il a confiance en mes choix, en notre sage-femme, en ma capacité à accoucher par moi-même. Son avis est important mais comme c’est moi qui accouchais, il m’a soutenue dans mes choix. Il savait lui aussi que s’il y avait l’ombre d’un risque ou la possibilité d’une complication, les sages-femmes nous auraient conseillé d’accoucher à l’hôpital. S’il s’agit d’une grossesse à risque détectée durant la grossesse de toute façon, j’aurais été transférée pour un suivi avec un médecin.

Tu n’avais pas peur de ne pas avoir le matériel hospitalier et médical nécessaire en cas de problème ?

Lors d’un accouchement à la maison, les sages-femmes ont le matériel nécessaire en cas de problème (ventouse, forceps, matériel de réanimation pour le bébé, pour épisiotomie…). Les sages-femmes sont compétentes pour détecter un éventuel problème durant la grossesse. Et s’il y a une urgence durant le travail et le besoin d’un transfert à l’hôpital, elles appellent une ambulance, et la maman et le bébé sont conduits à l’hôpital le plus proche.

Est-ce une pratique courante au Canada ?

La pratique sage-femme est une pratique officielle mais il faut encore beaucoup de travail pour qu’elle soit reconnue à sa juste valeur et que plus de maisons de naissance ouvrent, que plus de femmes aient accès à ce suivi, que cela devienne un choix plus qu’un privilège car les listes d’attente sont longues, il faut appeler le jour-même où tu apprends que tu es enceinte pour faire une demande de suivi avec une sage-femme.

Ton second accouchement s’est fait à l’hôpital, pourquoi ?

Mon second accouchement s’est fait à l’hôpital parce que, malheureusement, les sages-femmes sont moins nombreuses à travailler l’été et la maison de naissance n’avait pas encore ouvert ses portes. Toutes les sages-femmes accompagnaient déjà des femmes en travail à l’hôpital et c’est donc moi qui ait eu à me déplacer. C’est un deuil que je n’ai pas tout à fait encore fait. J’ai beaucoup pleuré car je déteste les hôpitaux mais j’avais envie d’être accompagnée par ma sage-femme. Je l’ai donc rejointe et trois heures après Elsie était là. Quatre heures plus tard nous étions de retour à la maison. J’ai eu un superbe accouchement, tout s’est passé comme je l’avais désiré, mais je suis partie de la maison à la minute où je m’attendais à plonger dans ma piscine d’accouchement dans une eau bien chaude. À côté du petit cocon que nous nous étions créé (bougies, pénombre, chaleur), j’ai trouvé l’atmosphère de l’hôpital froide, médicale, impersonnelle, et le lit inconfortable et trop petit pour mon amoureux et moi. Heureusement que mon conjoint, ma sage-femme et mon accompagnante à la naissance étaient là pour m’aider à refaire ma bulle.

Si tu dois comparer tes deux lieux d’accouchement, lequel as-tu préféré ?

Mon deuxième accouchement a été plus facile, j’étais mieux préparée pour gérer la douleur, moins surprise, j’avais étudié plus d’options pour passer au travers (auto-hypnose, visualisation, points d’acupression, sons graves…) mais si c’était à refaire je le vivrais à la maison, comme pour ma première fille, dans une ambiance plus chaleureuse et sans avoir à faire un trajet en voiture pendant les contractions.

À lire : Une Naissance heureuse, de Isabelle Brabant

Merci Gwen d’avoir partagé ce moment de vie avec nous.

Et vous, vous accoucheriez à domicile ?

Pretty Jul’

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3 COMMENTS

  1. Les sages-femmes sont très bien formées et bien outillées, c’est certain. Le suivi est aussi extraordinaire lorsque nous comparons avec le suivi médical. Puis, l’intimité et la chaleur qu’on retrouve à la maison n’est sans aucun doute au rendez-vous à l’hôpital.

    Par contre, malgré de risques très faibles, une complication majeure de la grossesse peut toujours arriver lors de l’accouchement : la rupture utérine par exemple. Cette situation nécessite une prise en charge ultra rapide pour éviter de graves conséquences. Les minutes sont littéralement comptées, pour bébé et pour maman. En étant déjà à l’hôpital, ce risque d’attente fatale est réduit. Une sage-femme ne peut pas pratiquer une césarienne sur le champs (et éviter que vous vous vidiez de votre sang ou faire que votre bébé soit extrait rapidement pour le sauver). C’est juste une question de sécurité l’hôpital…

    Personnellement, je vois le travail sage-femme et le travail médical comme une super équipe !

    • Les ruptures utérines sont principalement dues aux hormones synthétiques (synto, pitocin, cytotec…) et le risque augmente avec le nombre de césariennes précédentes. Si aucun de ces facteurs de risque n’est présent, les risques sont extrêmement faibles.

  2. J’ai eu 4 suivit sage-femme, 4 fois avec la même sage-femme, 4 accouchements complètement différents! Personnellement, on envisageait pas du tout l’accouchement à domicile. Pour mon premier j’avais un transfert de soin obligatoire, mais ma sage-femme est restée avec moi durant toute la durée de mon accouchement et a accueilli mon bébé, la gynécologue n’a pas eu le temps d’arriver.
    Pour mon deuxième, je n’aurais pas pu accoucher à la maison, mon escalier n’était pas conforme et en cas d’urgence la sortie aurait été trop difficile. On envisageait un accouchement à la maison de naissance, mais après des heures de travail et une déformation de col, un arrêt de travail avec un bébé mal positionné, on a transféré à l’hôpital… accouchement qui a bien été malgré tout.

    pour ma troisième, j’aurais pu accoucher à la maison puisque tout était conforme, mais mon conjoint ayant une peur bleu du sang préférait et de beaucoup un accouchement à la maison de naissance. j’avais par contre envie de faire le plus gros de mon travail à la maison, mais la réaction des plus grands face à ma douleur me sortait de ma bulle, on s’est donc dirigé rapidement à la maison de naissance pour le travail, mais après des heures de travail, et un bébé qui ne descendait pas sans rupture de membranes, on a dû transférer pour ne pas prendre de risque d’une procidence du cordon. Finalement accouchement qui a bien été.

    pour mon quatrième, j’ai quitté tôt en travail pour la maison de naissance, accouchement rapide de 5h tout c’est passé selon mes désirs, un super accouchement qui restera graver dans ma mémoire et dans mon coeur toute ma vie!!

    Pourquoi je vous explique ça, juste pour dire que malgré les transferts, JAMAIS je ne suis sentie en danger, jamais ma sage-femme a prit un risque pour ma santé/sécurité et celle de mon bébé. Pour, moi il y avait rien de plus sécurisant que ma sage-femme!!

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